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vendredi 8 février 2008

De Wikipédia et de la représentation iconographique de Mahomet

Représentation de Mahomet - Wikipédia

Quand la fameuse neutralité de point de vue (NPOV) de Wikipédia se heurte à un autre point de vue...

Le New York Times en a parlé récemment, une pétition en ligne, qui vient de dépasser les cent mille signatures électroniques, demande à Wikipédia (dans sa version anglophone) de retirer de son article consacré à Mahomet des images du prophète.

Il ne s'agit pas de caricatures mais de représentations médiévales musulmanes (comme celle désignée directement par la pétition et issue du fond de la Bibliothèque Nationale de France).

Refus ferme et poli de Wikipédia : Wikipedia est une encyclopédie dont le but est de représenter tous les sujets d’un point de vue neutre, elle ne fait pas de censure au profit d’un groupe particulier. Et d'inviter les visiteurs qui se sentiraient offensés à surfer en désactivant les images de leur navigateur.

Comme le souligne un article de FoxNews.com, on trouve également (actuellement) des images de Mahomet sur l'article correspondant des Wikipédias français, allemand, espagnol, russe, néerlandais et persan mais pas sur ceux en arabe, turc, chinois, albanais ou encore indonésien.

jeudi 7 février 2008

Comment l'Eee PC m’a montré que j'avais tort à propos de Linux

EeePC - François Schnell - CC By

Difficile de ne pas être au courant, l'Eee PC d'Asus[1] vient enfin de sortir officiellement en France.
Contrairement à Nitot et Stoehr je ne l'ai pas encore eu entre les mains[2] mais je suis de ceux qui pensent qu'avec lui, l'OLPC XO et autres CloudBook, on tient effectivement une petite révolution ou plutôt une belle librévolution.

Il y a tout d'abord son prix qui est franchement exceptionnel par rapport à ce que l'on a connu par le passé.
Ce prix casse une barrière à n'en pas douter. Il permet ainsi par exemple aux plus aisés de s'acheter un ordinateur nomade d'appoint idéal pour surfer dans les zones wi-fi, aux plus démunis de s'offrir leur premier ordinateur, aux écoles de s'équiper à moindre coût, aux parents d'en offrir un perso à leur progéniture, etc.

Il y a également son orientation internet.
Mine de rien il entérine la nouvelle donne qui voit bon nombre de nos données et ressources quitter notre disque dur pour se promener (tranquillement ?) sur internet. Si je regarde nombrilistiquement mon propre cas (messagerie Gmail, traitement de texte et tableur Google Documents, liens Del.icio.us, photos Flickr[3], actualités RSS, connaissance Wikipédia...) je m'aperçois que je n'utilise plus mon lecteur/graveur CD/DVD et qu'il me suffit de n'importe quel ordinateur connecté à internet pour pouvoir travailler (et ce quelque que soit l'OS de l'ordinateur hôte). Et si il faut tout de même conserver quelques documents, une bonne petite clé USB[4] fait fort bien l'affaire. En fait l'Eee PC c'est un peu comme un client léger relié à un drôle de serveur à savoir... internet !

Enfin, et surtout, l'Eee PC est bourré de logiciels libres à commencer par son système d'exploitation GNU/Linux (distribution Xandros adaptée[5]).
On y trouve en effet le navigateur Firefox, la messagerie Thunderbird, la suite bureautique OpenOffice.org, la messagerie instantanée Pidgin, le logiciel de dessin Tux Paint... sans oublier une icône Wikipédia d'accès direct à l'encyclopédie.

Ainsi donc tout client de l'Eee PC va se trouver au contact de ces logiciels libres et peut-être sûrement pour la première fois pour bon nombre d'entre eux. Quand bien même cet ordinateur soit loin d'être parfait et même loin d'être totalement libre, c'est ce qui me semble le plus important avec l'Eee PC : sa faculté à démontrer immédiatement non plus en théorie mais directement en pratique que Linux et les logiciels libres, ça marche et ça marche plutôt bien !

C'est pourquoi nous avons choisi de parler de l'Eee PC à la lumière d'un témoignage[6]. Celui d'un utilisateur lambda bluffé par les capacités de cet ordinateur mutant. Un utilisateur qui identifie bien la source de son étonnement : Linux et les logiciels libres. Un utilisateur qui n'hésite pas alors à revenir sur ses positions et préjugés à propos de Linux. Puissent les autres futurs utilisateurs de l'Eee PC suivre le même chemin...

Screenshot - Blorge.com

Comment le portable Asus EeePC m’a montré que j'avais tort à propos de Linux

How the ASUS EeePC showed me I was wrong about Linux

John Pospisil - 29 janvier 2008 - Blorge.com

Jusqu’à récemment je pensais que Linux était réservé aux enthousiastes et aux entreprises “près de leur sous”, qui cherchaient pour je ne sais quelle raison une alternative à Windows. Je n’avais jamais pensé que Linux pouvait contribuer à l’informatique grand public. Cependant après avoir acquis l’EeePC d’Asus, un micro-portable basé sur Linux, j’ai réalisé que j’avais tort, vraiment tort.

Je pense que le problème était que je n’avais jamais vraiment compris ce qu’était Linux.

Bien sûr je reconnaissais les lacunes de Windows et les dangers d’un monde devenu bien trop dépendant de Microsoft, mais de mon point de vue, Windows répondait très bien aux besoins d'un utilisateur moyen (de même que, dans une moindre mesure, Mac OS).

Ce n’est pas que je n’aimais pas Linux, c’est juste que je ne le prenais pas au sérieux. J’ai bien ri quand j’ai lu l’article de mon collègue expliquant que Linux était le nouvel Amiga. Nous savons tous ce qu'il est advenu d'Amiga.

Linux était mal fichu, difficile à utiliser et pas vraiment au niveau dans le domaine des jeux vidéos. Ou du moins c'est ce que je pensais à tort.

Même quand j’ai acheté le EeePC au supermarché du coin, j’ai plaisanté avec le vendeur en disant que “Pour ce que j’ai besoin de faire, je suis sûr que même Linux sera à la hauteur.”

Curieusement, le vendeur était un spécialiste de Linux et il a commencé à me faire la leçon sur les avantages de Linux.

Je me disais “cause toujours” en payant le vendeur et j'ai quitté le magasin en marmonnant au sujet des Linuxiens.

C’est vrai que je n’avais pas de grandes attentes sur Linux, donc quand j’ai commencé à jouer avec le EeePC j’ai été agréablement surpris de voir qu’il était vraiment très simple à utiliser.

Si vous avez déjà utilisé une interface graphique (que ce soit Windows, Mac ou même Amiga) il vous faudra au plus un quart d’heure pour comprendre comment utiliser le EeePC.

Je m’attendais à un cauchemar pour connecter le EeePC au réseau Wifi mais il ne m'a fallu que 2 minutes.

Je ne m’attendais pas à ce que le navigateur web fonctionne correctement, mais Firefox sur EeePC semble fonctionner aussi bien que sous Windows.

Je m'attendais à subir une régression avec le traitement de texte et le tableur de la suite OpenOffice pre-installée, mais je n'ai eu aucun problème pour travailler avec des documents Word et Excel complexes transférés depuis mon ordinateur de bureau.

Je ne m'attendais pas à pouvoir lire des fichiers vidéos, mais le logiciel fourni SMPlayer n'a aucun problème à lire les fichiers DivX.

Je m'attendais à avoir des soucis pour transférer des fichiers d'une clé USB vers le EeePC, mais une fois encore aucun problème.

Jusque-là, c'était une très bonne expérience avec Linux sur le EeePC. Evidemment le système était préinstallé et réglé pour ressembler à Windows, mais ce sont des remarques un peu hors-sujet. Il est clair que Linux fonctionne, et fonctionne bien, comme système d'exploitation d'un consommateur moyen.

Ce qui m'impressionne vraiment au sujet de Linux est qu'il permet à des machines comme le EeePC d'être fabriquées et vendues à un coût très bas :

  • Premièrement le fait que Linux soit open-source signifie évidemment que le constructeur n'a pas à payer de licence pour chaque système d'exploitation installé.
  • Deuxièmement, Linux est beaucoup moins gourmand en ressources que Windows XP ou Vista, donc il fonctionne bien avec des machines disposant de composants moins performants. Mon EeePC utilise un Celeron 900Mhz, 512MB de Mémoire vive et un disque dur de 4 Go, et Linux fonctionne sans aucun problème.

Je n'ai jamais fait le premier pas pour devenir un utilisateur de Linux, mais après avoir utilisé le EeePC, je m'imagine très bien utiliser Linux sur mon portable principal, mais probablement pas sur mon PC de bureau car il y a un grand nombre d'applications qui ne fonctionnent que sous Windows et sans lesquelles je ne pourrais tout simplement rien faire. C'est néanmoins un grand changement par rapport à mon état d'esprit d'il y a encore quelques semaines, je n'aurais même pas envisager utiliser Linux.

Peut-être que le EeePC montrera à d'autres sceptiques les possibilités offertes par Linux. Et peut-être que ceci est simplement un autre petit pas dans la lutte pour arracher des mains de Microsoft la domination du marché des systèmes d'exploitation.

Non, Linux ne va pas subitement se retrouver à prendre des parts de marché significatives à Microsoft, mais à sa façon, l'EeePC démontre que Linux est vraiment une alternative viable à Windows.

Notes

[1] Pour un petit tour promo de l'Eee PC sur le site officiel d'Asus tapez là.

[2] Notre ami François Schnell l'a également eu entre les mains comme l'illustre sa photographie qui ouvre ce billet (sous licence Creative Commons By).

[3] Une petit prière pour que Del.ico.us et Flickr, propriétés de Yahoo! ne passent pas chez Microsoft !

[4] Pour la clé USB c'est encore meilleur avec la Framakey inside !

[5] Rien ne vous empêche de changer de distribution Linux d'origine comme le montre cette vidéo de Nitot avec Xubuntu inside.

[6] Merci à toute l'équipe Framalang pour la traduction dont Coeurgan, Yostral et GaeliX.

samedi 19 janvier 2008

Pourquoi faire un don à Wikipédia ? (et soutenir la culture libre et ses utopies)

(Et si le Framablog reprenait un peu du service en cette nouvelle année ?)

Lorsque j'ai lu cet appel au don de Benjamin Mako-Hill j'ai eu envie de le proposer à traduction à la dream team FramaLang[1]. D'abord parce que soutenir Wikipédia en tant que tel est important. Mais également parce que l'angle adopté par Mako Hill me semblait intéressant et sujet à réflexion.

Dans ce mouvement de la culture libre, dont on ne trouve pas de réelle définition, et où Wikipédia représente à la fois la figure de proue et le cheval de Troie, il y aurait donc des utopistes et des pragmatiques. Un peu comme la dialectique révolutionnaires vs réformistes du siècle dernier. Les classiques oppositions Stallman et la Free Software Foundation vs l'Open Source, les licences des logiciels libres vs les licences Creative Commons, et pourquoi pas GNU/Linux vs Linux, ne s'inscrivent-elles pas en effet dans cette dichotomie ?

Oui (à n'en pas douter) Wikipédia représente bien plus que Wikipédia et oui (peut-être ? sûrement ?) elle constitue un formidable espoir pour les utopistes (dont je suis).

Screenshot - Why Give to Wikimedia ?

Wikimedia et le mouvement de la culture libre

Wikimedia and the Free Culture Movement

Benjamin Mako-Hill - 11 décembre 2007 - whygive.wikimedia.org

En même temps que les technologies de communication créaient un raz-de-marée dans la connaissance, la créativité et la communication, les créations culturelles sont plus que jamais sévèrement contrôlées et restreintes.
Une évolution plus que rapide du régime du droit d'auteur, fait de l'utilisation, la modification ou la distribution de presque tout document, une propriété exclusive de son créateur. Le « copyright » aujourd'hui est automatisé, étendu et est valable sur plus d'un siècle. Notre culture, aujourd'hui, est propriétaire.

Pour contrebalancer cette tendance, des écrivains, des scientifiques, des musiciens, des artistes, et d'autres encore, ont uni leurs efforts pour demander l'accès à la connaissance et à la création d'un mouvement social pour la culture libre - culture qui est libre comme dans liberté, même si elle ne l'est pas nécessairement dans le prix. Dans la courte vie de la culture libre, Wikipedia s'est positionné comme étant le plus important et le plus méritant des projets de culture libre. Le projet Wikimedia, dont Wikipédia fait partie, offre à quiconque travaille dans un objectif de culture libre un exemple de ce à quoi pourrait ressembler une réussite, des conseils pour la meilleure façon d'y arriver, et l'inspiration pour continuer.

Votre soutien à la Fondation Wikimedia durant la collecte de fonds cette année a donné plus de résultats que le simple financement de la fondation et de ses projets. Il a soutenu et ouvert la voie à un mouvement mondial en faveur de la culture libre qui est déjà beaucoup plus vaste que Wikipedia, Wikimedia, et autres wikis. Le mouvement de la Culture Libre, comme le démontre Wikipédia, offre une vision convaincante de comment nous pourrions améliorer la façon dont nous produisons et consommons l'information tout au long de notre vie.

Culture Libre

En vertu des lois de copyright actuelles, on ne peut pas légalement copier un article pour un ami, faire un remix d'une vidéo, ou chanter Happy Birthday dans un restaurant sans demander une autorisation et, dans la plupart des cas, de payer une licence. Plus embêtant, la plupart des oeuvres culturelles sont soumises au copyright, par défaut, au moment de leur création, à moins qu'il ne soit précisé explicitement que ces œuvres peuvent être utilisées, copiées et modifiées.
Par le biais du droit d'auteur, l'accès aux plus importantes ressources culturelles et universitaires sont bloquées par les « péages » et les restrictions. L'accès légal à la plupart des connaissances et à la culture est cher - et d'un coût prohibitif pour la plupart d'entre nous. La création d'œuvres s'inspirant d'un sujet, ou en étant dérivées - comme l'échantillonnage ou les remixes - est souvent purement et simplement interdite.

Outrés par cette situation, les créateurs et les consommateurs de culture exigent une plus grande liberté de distribuer et de modifier ces biens de consommation dans le cadre du mouvement de la culture libre. Bien que certains leaders du mouvement aient résisté à la déclaration d'objectifs explicites, ils ont constamment placé la culture libre en opposition à l'attitude "hautement protectionniste» du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle. La musique, l'art, les connaissances et la culture, nous disent les activistes de la culture libre, doivent être largement accessibles, flexibles dans les conditions et restrictions concernant leur utilisation, redistribution et modification.

Pour partie, le mouvement de la culture libre est constitué d'Utopistes qui imaginent, décrivent et épousent le monde de ce qu'ils ressentent comme étant vraiment la culture libre. Pour ces Utopistes, la culture libre est un aperçu du monde idéal où les connaissances peuvent être utilisées, étudiées, modifiées, construites, distribuées et partagées sans restriction. C'est un monde où les créateurs sont à leur juste valeur et universellement respectés, reconnus pour leur mérite, et rémunérés. Le principal problème que rencontrent ces Utopistes, est que, dans de nombreux cas, ils ne savent pas comment passer de la culture contemporaine - fondée sur l'économie, le droit d'auteur, la propriété, le contrôle et les demandes d'autorisations - à leur monde idéal.

Sentant que l'Utopie n'est pas viable, les pragmatiques de la culture libre préconisent d'essayer d'obtenir le plus possible en réformant le système actuel du copyright et de faire ensuite des améliorations progressives. En particulier, ces pragmatiques estiment que l'idéalisme utopique détruit l'exclusivité de la commercialisation qui aide à soutenir la production de nombreuses oeuvres créatives. Il vaut mieux, disent-ils, se mettre d'accord sur un usage non commercial ou de copie in extenso que de conserver le droit d'auteur par défaut c'est-à-dire «tous droits réservés»

Le mouvement de la culture libre est tiraillé entre le désir de créer un monde de connaissances vraiment libres et le fait, que dans cette optique, pour ces mêmes connaissances, ils ont éliminé tous les systèmes financiers et sociaux viables qui soutenaient la création des oeuvres. Les pragmatiques font des compromis avec cette vision utopique d'un monde libéré pendant que les Utopistes prônent ce qui semble être irréaliste pour beaucoup.

Wikimedia

Wikimedia est un projet de culture libre utopique. Son objectif n'est pas seulement de recueillir des connaissances, son objectif est de le faire librement. Wikipedia a été créée avant de savoir s'il était sûr qu'une encyclopédie libre pouvait exister, serait un succès ou si elle serait mieux que les solutions propriétaires existantes. Son objectif était d'être libre, ouverte et sans restriction. Ironiquement, c'est cet attachement idéaliste qui a conduit à la création d'alternatives et à redéfinir ce qui est possible et réaliste de faire. Dans le monde du Libre, rien ne le prouve mieux que Wikipedia. Rien ne donne, plus qu'elle, l'espoir aux Utopistes de la culture libre.

Wikimedia est importante tout simplement parce qu'elle existe et qui plus est parce qu'elle existe librement. Etant l'un des sites actifs les plus visités, Wikipedia est un endroit incontournable pour tout chercheur ou internaute. C'est souvent la réponse aux questions et à la curiosité de millions de personnes. Ce n'est pas simplement qu'elle a réponse à beaucoup de sujets, c'est plus que cela. Ce n'est plus trop un sujet controversé que de dire que Wikipedia est l'unique ouvrage de référence réellement impressionnant qui ait jamais été produit. Elle est l'un des plus importants ouvrages de culture existant dans le monde. Et qui plus est, elle est gratuite.

Au début de cette année, le comité exécutif de la Fondation Wikimedia a formulé un engagement explicite pour une interconnexion forte entre les objectifs de la culture libre. Par cette résolution, le conseil d'administration de la Fondation Wikimedia a précisé ce qui était évident pour les personnes impliquées dans le projet: Wikipédia a réussi, non pas en dépit du fait que l'encyclopédie est libre, mais justement parce qu'elle est libre. Les projets Wikimedia ont de la valeur précisément parce qu'ils ont aplani les obstacles à la contribution, l'utilisation et la réutilisation.

Fait tout aussi important pour le mouvement libre, Wikimedia a montré l'exemple et a dépeint comment une culture libre pouvait être atteinte. En grande partie à cause de Wikimédia, les wikis - autrefois outils marginaux utilisés par un petit nombre de geeks - sont la technologie de base de la production de culture libre, sur des milliers de wikis et sur des myriades de sujets. Les technologies, les modèles sociaux, les structures de communication, les politiques décisionnelles, les procédures et les systèmes, chacun contribue à l'inspiration et à donner des instructions aux autres personnes de la communauté libre élargie. Dans chacun de ces domaines, les projets Wikimédia fournissent un ensemble de modèles novateurs et de pratiques captivantes, qui ont réussi et qui sont bien documentés.

Faire un don à la Fondation Wikimedia

Alors que Wikipédia est libre d'utilisation et est écrite sans compensation directe pour la grande majorité des contributeurs, faire fonctionner Wikipedia n'est pas sans coûts. Wikipédia est libre comme dans le discours, mais pas gratuit comme dans bière - du moins pas pour la Fondation Wikimedia. Un soutien financier est nécessaire pour alimenter les serveurs, soutenir le développement technologique indispensable, lutter contre les menaces judiciaires, et assurer une communauté saine et productive. Ce travail essentiel est payé par les dons à la Fondation Wikimedia.

Et pourtant, alors que ces dons sont destinés au soutien de Wikimedia et aux membres de ses équipes projet, leur impact sur le mouvement libre est beaucoup plus grand et plus important. Comme symbole visible de la culture libre pour la grande majorité des gens qui n'ont jamais entendu ce terme, Wikimedia est intimement lié à la réussite de la culture libre. Wikipédia ne fournit pas seulement un exemple de la façon dont la culture libre est possible, elle montre comment cela peut être fait. elle montre également que la liberté de la culture - la culture vraiment libre - est meilleure que les solutions propriétaires. Wikipedia a déjà ouvert la voie à la réussite de centaines de projets de culture libre. Son succès dans ses luttes, y compris cet appel à la collecte de fonds, aidera ou pénalisera les perspectives immédiates de l'ensemble du mouvement pour la culture libre.

Alors, s’il vous plaît, rejoignez-moi en faisant un don à la Fondation Wikimedia cette année. Le sort de bien plus que Wikipedia est dépendant de notre générosité.

Notes

[1] Une traduction GaeliX pour une relecture Daria.

jeudi 28 juin 2007

Quand le gouvernement allemand décide de participer à Wikipédia

Wolks! - Gusstav - CC BY

Une grande première qui risque de faire jurisprudence :-)

Excellente initiative en effet que celle du gouvernement allemand qui va, via un institut, former et rémunérer des experts pour participer à Wikipédia dans le champ précis des ressources renouvelables (qui englobent les plus connues énergies renouvelables).

On notera également la mention du don conséquent de Deutsche Telekom à Wikipédia pour la bonne et simple raison qu'ils réutilisent des articles de l'encyclopédie sur leurs propres sites web.

Encore une brillante illustration du cercle vertueux du libre !

Une traduction de Framalang (Coeurgan, Daria, Olivier et Yostral).[1]

Un financement d'état pour le Wikipedia allemand

German Wikipedia receives state funding

Torsten Kleinz (trad. en. Craig Morris) - heise online - 26 juin 2007

Pour la première fois, l'édition allemande de l'encyclopédie en ligne Wikipedia recevra des fonds de l'Etat. L'Allemagne mettra en effet de côté une partie de son budget pour améliorer les articles de Wikipedia sur les ressources renouvelables. Dans les prochaines années, ce sont plusieurs centaines d'articles qui seront écrits dans cet objectif.

Dans le domaine des ressources renouvelables, "un grand nombre de mots-clés sont très bien documentés dans le Wikipedia Allemand", explique Andreas Schütte. Schütte est le directeur exécutif de l'organisme des ressources renouvelables allemand (FNR : Fachagentur Nachwachsende Rohstoffe). Cet organisme est financé par le Ministère allemand de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Protection des consommateurs pour conduire des recherches sur les ressources renouvelables dans l'idée de lancer des produits sur le marché. Schütte ajoute qu'un grand nombre de mots-clés dans le Wikipedia Allemand pointent vers de très courts articles, ne sont pas à jour ou n'existent même pas.

Les entrées sur ce sujet seront améliorées sous la direction du Nova Institut, issu du secteur privé. L'Institut prévoit de recruter des experts extérieurs pour écrire des articles sur les ressources renouvelables pour Wikipedia. Ces experts recevront d'abord une formation à Wikipedia car la collaboration à des projets communautaires peut comporter des pièges. L'Institut cherche donc quelqu'un maîtrisant bien Wikipedia, pour gérer la coordination du projet. Les partenaires du projets ont lancé un appel à candidature pour ce poste. Les experts en Wikipedia peuvent postuler immédiatement.

La difficulté sera de persuader des experts ayant réalisé de bonnes choses dans d'autres projets de s'investir dans l'encyclopédie communautaire. Comme le directeur du projet l'a dit à Heise Online, "Les articles de ces experts sont normalement écrits, publiés et édités dans les magazines normaux ou même sur d'autres sites Web. Mais Wikipedia est radicalement différent : les articles grandissent continuellement grâce aux données de différents auteurs qui souvent restent anonymes. Le produit final change fréquemment, et des tierces parties peuvent publier leurs propres textes ou même changer les vôtres." Les futurs auteurs devront donc recevoir une formation pour les aider à travailler sur Wikipedia.

Dans le même temps, les planificateurs du projet espèrent que la popularité de Wikipedia va les aider. "Il y a assez de publications papier sur ce sujet. Mais si vous voulez chercher quelque chose vous irez probablement sur Wikipedia " dit Gerlach. Des articles sur les fibres végétales, les quotas européens en biocarburant, et les fibres synthétiques qui contiennent aussi des fibres naturelles seront ajoutés à la version allemande de Wikipedia. Mais avant que les premiers articles soient écrits, les dirigeants du projet prévoient une longue période de préparation.

L'organisation Wikimedia Deutschland (composée de bénévoles assurant la promotion des projets en langue allemande hébergés par la Wikimedia Foundation) épaulera le projet, grâce à la bonne connaissance que ses membres ont de Wikipedia. Une telle collaboration est sans précédent pour l'encyclopédie libre. Même s'il n'y aura pas de participation financière aux coûteux serveurs de Wikipedia, l'organisation recevra au moins un soutien financier pour les futures améliorations du contenu de Wikipedia. Jusqu'à maintenant, Wikipedia et ses projets connexes ont principalement reçu des fonds provenant de fondations. Au mois de juin, l'organisation allemande a reçu la plus grosse contribution de son histoire quand Deutsche Telekom a donné à l'association 20 000 euros. L'entreprise de télécommunication a dit avoir fait cette donation parce que des articles provenant de Wikipedia ont été intégrés à ses propres sites Web.

Notes

[1] L'illustration est une photographie de Gusstav intitulée Wolks! issue de Flickr et sous licence Creative Commons BY.

lundi 9 avril 2007

« La connaissance libre nécessite le logiciel libre » J. Wales (Wikipédia)

J'ai récemment publié sur ce blog un billet, un peu provocateur, sur la relation entre Wikipédia et le logiciel libre : Wikipédia peut-elle rester neutre lorsque l'on touche au logiciel libre ?. Ce que je tentais (péremptoirement ?) de dire c'est que le logiciel libre sera toujours un champ un peu spécial dans l'encyclopédie de part la filiation étroite qu'il existe entre les deux projets, mouvements et communautés. Et de me permettre d'ajouter que cela me convenait fort bien ;-)

Dans la liste de mon argumentaire en faveur d'une accointance entre l'encyclopédie et le logiciel libre, on trouvait cette célèbre citation de Jimbo Wales, fondateur de Wikipédia : « Imaginez un monde dans lequel chacun puisse avoir partout sur la planète libre accès à la somme de toutes les connaissances humaines. C'est ce que nous faisons. ».

J'ai voulu aller encore un peu plus loin ici en demandant à notre groupe de travail Framalang de traduire un article du même Jimbo Wales paru sur son blog en octobre 2004 Free Knowledge requires Free Software and Free File Formats qu'il me sembait intéressant d'apporter à un débat qui pour moi n'est pas (encore) clos.

Mais avant cela je voulais témoigner (une nouvelle fois) de mon admiration pour Wikipédia puisqu'il n'aura fallu que quelques jours à l'encyclopédie pour lever la controverse de neutralité sur la page Linux - 9 avril 2007 (Linux aujourd'hui) qui avait servie de pretexte à mon billet.

Cette controverse portait principalement sur un passage ambigu avec usage a priori non factuel des mots maturité et succès :

Wikipédia - Screenshot - Linux - NPOV

Le passage en question a été à ce jour ainsi modifié (9 avril 2007) :

Wikipédia - Linux - 07/04/07 - screenshot 1

Elle portait également sur l'absence de section Critiques sur la page Linux en comparaison notamment avec la page Windows Vista qui elle en avait une (et plutôt deux fois qu'une !). Cette absence n'est plus puisqu'elle est apparue (9 avril 2007) dans l'intervalle en trois paragraphes : Support matériel, Gestion numérique des droits et Sécurité.

Cet épisode est selon moi tout à fait révélateur de l'excellente réactivité et capacité de Wikipédia à résoudre ses problèmes. Après échanges et communication, parfois assez vifs, sur la page de discussion de l'article Linux (exemple 1 : Pourquoi absence d'une section Critiques et exemple 2 : Comment rédiger cette section Critiques), on se retrouve avec le compromis actuel qui n'est certes pas la panacée mais qui est selon moi effectivement bien meilleur que la situation précédente.

On notera que la concertation ne s'est pas arrêtée là. Elle s'est poursuivie sur une page dédiée à la controverse de neutralité de l'article Linux mais surtout mon humble billet a suscité un fort intéressant sondage spontané au sein de la communauté Wikipédia : Neutralité de Wikipédia et logiciels libres.

Au passage, cet épisode est également révélateur pour moi de la difficulté de parler d'un article de Wikipédia à l'instant t de l'auteur qui dans la plupart des cas ne correspond plus à l'instant t+1 du lecteur (d'où la présence des dates et du recours aux historiques des articles pour figer leur contenu).

Toujours est-il qu'en une semaine (à partir de la date d'emission de mon billet le 1er avril), on relève, sur l'historique de la page Linux, 84 modifications réalisées par 17 contributeurs !

C'est aussi et surtout ça Wikipédia. Et le professeur que je suis demeure pédagogiquement impressionné par le produit de cette mise en relation surtout pour un article tel que Linux où le consensus est une douce chimère.

Le simple spectateur de l'encyclopédie qui visite l'article vitrine Linux ne se rend pas forcément compte de toute l'effervescence collective qu'il y a eu dans les coulisses pour aboutir au résultat qui s'offre à lui à l'instant t. Qu'il ait alors l'envie ou la curiosité de cliquer sur "modifier" et il est susceptible de basculer dans une toute autre dimension, un peu comme Alice et son miroir.

Sinon pour en revenir au sondage, il est en cours de vote et je m'en garderai bien d'en tirer la moindre conclusion si ce n'est pour relever que je ne suis pas le seul à m'interroger sur la relation ténue et privilégiée qui existe entre Wikipédia et le logiciel libre. À commencer par son influent et charismatique fondateur Jimbo Wales qui écrivait il y a un peu plus de deux ans sur son blog un billet au titre évocateur Free Knowledge requires Free Software and Free File Formats dont nous vous proposons la traduction ci-dessous (merci Penguin).

Parce que si la connaissance libre nécessite conceptuellement le logiciel libre (et des formats ouverts) alors tout ce qui le favorise n'est-il pas à encourager et ce qui le freine à décourager ?

Wikipédia - Wales's blog - screenshot

La connaissance libre nécessite le logiciel libre et les formats ouverts

Jimmy Wales - Octobre 2004

Des gens me demandent parfois pourquoi je suis si résolu à ce que Wikipedia utilise toujours des logiciels libres, même si dans certains cas un logiciel propriétaire pourrait être plus commode ou mieux adapté à un besoin particulier.

L'argumentation est la suivante : après tout, notre mission première est de produire de la connaissance libre, pas de promouvoir le logiciel libre, et bien que l'on puisse préférer les logiciels libres pour des raisons pratiques (puisqu'ils sont en général les meilleurs dans le domaine du web), nous ne devons pas faire une fixation là-dessus.

Je pense que cette argumentation est totalement erronée, et pas simplement pour des raisons pratiques, mais par principe. La connaissance libre nécessite le logiciel libre. C'est une erreur conceptuelle que de penser notre mission comme étant distincte de cela.

Qu'est-ce que la libre connaissance ? Qu'est-ce qu'une encyclopédie libre ? Son essence peut être immédiatement saisie par toute personne qui comprend le logiciel libre . Une encyclopédie libre, ou n'importe quelle connaissance libre, peut être lue librement, sans devoir obtenir la permission de personne. La connaissance libre peut être librement partagée avec d'autres. La connaissance libre peut être adaptée à vos propres besoins. Et vos versions modifiées peuvent être partagées librement avec d'autres.

Nous produisons un site web d'un volume très important, rempli d'une variété incroyable de connaissance. Si nous produisions ce site en utilisant un logiciel propriétaire, nous créerions des obstacles potentiellement insurmontables pour ceux qui voudraient prendre notre connaissance et faire la même chose que nous. Si vous devez demander l'autorisation d'un vendeur de logiciel propriétaire afin de créer votre propre copie de nos travaux, alors vous n'êtes pas totalement libres.

En ce qui concerne les formats propiétaires des fichiers, la situation est encore pire. Il est possible d'argumenter, même si ce serait à mon avis peu convaincant, que tant qu'il est possible d'ouvrir assez facilement le contenu Wikimedia dans un logiciel libre existant, alors une utilisation interne d'un logiciel propriétaire n'est pas si mauvaise. Pour les formats propriétaires, même cette séduisante erreur ne peut pas être acceptée. Si nous proposons des informations dans un format propriétaire ou avec la gêne d'un brevet, alors nous ne violons pas seulement notre propre engagement en faveur de la liberté, mais nous forçons ceux qui veulent utiliser notre connaissance prétendument libre à utiliser eux-mêmes des logiciels propriétaires.

Finalement, nous ne devrions jamais oublier en tant que communauté, que nous sommes l'avant-garde d'une révolution de la connaissance qui va transformer le monde. Nous sommes les pionniers et les guides de ce qui devient un mouvement mondial pour libérer la connaissance des contraintes propriétaires. Dans 100 ans, l'idée d'un manuel ou d'une encyclopédie propriétaire sera aussi bizarre et lointaine pour les gens qu'est pour nous l'utilisation de sangsues en médecine.

Grâce à notre travail, chaque personne sur la planète aura un accés aisé et à bas prix, à une connaissance libre qui leur donnera le pouvoir de faire ce qu'ils veulent. Et mon point de vue est qu'il ne s'agit pas d'un fantasme injustifié, mais bien de quelque chose que nous sommes déjà en train d'accomplir. Nous sommes devenus, en taille, l'un des plus grand site du monde, en utilisant un modèle d'amour et de coopération qui est encore presque totalement inconnu du plus grand nombre. Mais nous commençons à être connu, et nous serons connu, à la fois pour nos principes et nos réussites - car ce sont ces principes qui rendent ces réussites possibles.

Dans ce but, ce sera un élément important de fierté pour nous que la fondation Wikimedia ait toujours utilisée des logiciels libres sur tous les ordinateurs que nous possédons, et que nous mobilisions toutes nos forces pour garantir que notre connaissance libre _soit_ réellement libre, en n'obligeant pas les gens à utiliser des logiciels propriétaires pour la lire, la modifier et la redistribuer commme il leur convient.

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